Troisième séance : 4 avril 2026

Le pudding infernal

Aujourd’hui, on commence par lire un passage de Malpertuis, dans lequel un bas-relief ornemental prend vie, sur un plat en étain.

Voici l’extrait :



Le pudding occupait le milieu d’un large plat en étain mat, orné de massives figurines. Mes regards s ’attachaient à l’une d’elles. Ce plat figurait souvent sur la table à l’heure du dessert et jamais n’avait sollicité particulièrement mon attention, ni celle des autres, je crois ; pourtant à cette minute, il semblait être devenu le centre d’une pré. occupation angoissée, dont j’essayais vainement de trouver la raison.

— Ding !.…

C’était le dernier coup de trois heures qui sonnait. Il déclencha l’attaque des forces obscures que Malpertuis gardait encloses.

— Ah!

Était-ce un soupir ou un râle qui s’échappa de toutes les poitrines serrées dans l’étau de l’épouvante ? Soupir de soulagement devant une chose enfin tangible ? Râle de terreur devant cette première manifestation de l’ire infernale ? La figurine se détacha du plat.

Je vis un tout petit homme, épais et lourd comme s’il était tout de même d’étain ou de plomb ; son visage pour n’être guère plus large qu’un dé de femme, était si hideux, que sa vue brûlait le regard. Les bras levés dans un geste de rage folle, il courait sur la nappe, se dirigeant vers Philarète, et j’aperçus alors qu’une de ses mains manquait.

Le taxidermiste ne bougeait pas, ses yeux lui sortaient des orbites et sa bouche s’était ouverte toute grande sur un appel de folie que personne n’entendait.

Le monstrueux marmouset s’approchait de Philarète quand une main gigantesque fendit l’air et s’abattit sur lui.

J’entendis le bruit écœurant d’un œuf qu’on écrase et une large tache pourpre étoila la blancheur de la toile. La formidable main justicière se retira et s’enfouit dans l’obscurité d’une large robe, celle d’Éléonore Cormélon.

Sambucque éclata d’un rire frénétique qui tordait tout son être usé.

— Bien fait ! rauqua-t-il dans un hoquet qui lui mit la bave à la bouche.

Pour cet atelier, on va consulter, si on en a à portée de main, des livres d’art décoratif, ou bien des sites web mettant en avant des images de bonne qualité d’objets décoratifs. D’objets utiles qui soient en même temps des objets d’art.
D’objets qui puissent figurer dans une maison pour y servir à quelque chose et, en même temps, être sculptés, peints, ornés.
Vaisselle, accessoire de salle de bain ou de cheminée ; porte-parapluie, meuble-télé, vase, cloche à fromages … Tout est possible, du moment qu’une figure, humaine ou animale, est représentée sur l’objet ! Ou que cet objet a la forme de quelque chose qui risquerait de prendre vie, de s’animer, de prendre son envol.



Exemples de sites à consulter :

Des sites marchands d’antiquaires.
La catégorie “Arts de la table” de Drouot
La catégorie “pottery” du Museum of arts and crafts

Et bien sûr, si vous avez déjà en tête un objet, fictif ou réel, qui vous semble, en lui-même, suffisamment inquiétant, pas besoin d’aller plus loin !

Une fois que vous avez choisi ou inventé votre objet, je vais vous demander comme à chaque fois d’écrire en plusieurs phases :

1. Votre personnage vit dans la maison depuis quelques jours déjà. Il commence à avoir pris quelques habitudes quotidiennes, triviales, dans la maison. Soudain, son attention est attirée par un objet qu’il avait déjà vu, qu’il a déjà utilisé, mais qu’il n’avait pas vraiment pris le temps de regarder. Il nous décrit cet objet, calmement. Pas encore de peur dans ce paragraphe.
Vous commencez par la phrase :

Ce [VOTRE OBJET] figure souvent [ENDROIT PRÉCIS DE LA MAISON] à l’heure du [MOMENT PRÉCIS DE LA JOURNÉE] et jamais n’a sollicité particulièrement mon attention.

2. Puis, à force de détailler l’objet, votre personnage croit remarquer un minuscule détail, quelque chose qui cloche. Peut-être la figurine n’est-elle pas exactement dans la même position qu’hier ; peut-être l’herbe en résine frémit-elle au gré d’un vent fictif, peut-être le taureau en porcelaine bouge-t-il une oreille. À vous de voir, et d’inventer ! En tout cas, à partir de ce moment-là, votre personnage, tout en doutant absolument de ce qu’il vient de voir, décrit précisément les symptômes physiques de l’angoisse qui l’étreint. Il pressent que la réalité est à nouveau sur le point de basculer, et son corps tout entier est envahi de ce pressentiment.

3. Enfin la figurine représentée sur ou par votre objet prend vie, s’anime, se dirige vers votre personnage qui, au comble de la terreur, le détruit – à vous de décider comment. Ce paragraphe se terminera par la phrase :


J’entends le bruit écœurant d’un œuf qu’on écrase.

Merci pour votre participation, et au 16 mai pour la prochaine séance !